Antoine Bonfils: "Je suis vivant"
Que s'est-il vraiment passé la haut ? Le saurai-je un jour ? Je suis
vivant, contre toute attente, je suis encore en vie. J'ai attaqué ma
descente ce matin vers le camp de base, à 5400m d'altitude. Depuis 4
jours j'ai mangé en tout et pour tout quelques stalactites de glace
qui pendaient quand j'avais faim.
Rien d'autre, j'ai été abandonné là, à + de 6000 m sans nourriture,
sans eau et, détail con, sans lunettes de soleil et sans lampe
frontale. Essayez de descendre un glacier à + de 6000m sans lunettes,
en plein jour, bon courage !
Donc voilà, j'avais vaguement aperçu un hélicoptère à ma recherche,
mais j'ai appris depuis qu'il y avait trop de vents. Pourquoi un
hélico ? Tous simplement parce qu'il n'y a plus de cascade de glace !
Plus de montagne, elle s'est évanouie avec l'avalanche, que dis-je le
mouvement qui a enseveli les tonnes de glace de la plus célèbre
cascade de glace de la planète. Je suis seul au monde. Personne ne
peut plus venir me libérer de ce linceul. Alors lorsque vers 11 heures je
pointe le bout de mon nez au bout d'une échelle, c'est fort surpris que le chef de l'expédition coréenne
s'arrête et, à la vue de mon écusson français, me dit interloqué " vous ne pouvez être
le french qui manque, vous êtes mort, il n'y a plus de passage, d'où
venez vous ?" "De l'enfer, lui dis-je, mais avant je boirais bien
quelque chose." De stupeur ou de respect, toute l'expé coréenne fait
demi-tour et devant mon état général décide d'un seul homme de m'aider
à redescendre l'Ice Fall. Sans broncher, tous ensemble se relaient
pour m'aider, me soutenir dans cette dernière aventure. Et j'en ai
besoin, mes jambes ne me portent plus, mon épaule est cassée et j’ai des douleurs dans les côtes.
Mon visage est en sang, mes mains sont ruinées et mes orteils gelés.
Mais tout le monde va me porter vers ce camp de base.
J'aperçois même les observateurs en bas qui cherchent qui ça peut
être. Un coup de radio et c'est la cohue, une file indienne monte à
notre rencontre.
Mon cuisinier, Hem qui n'y croyait plus m'apporte à boire et à manger,
un autre Coréen m'apporte des gâteaux. Pour tout le monde, j'étais
mort, ils avaient vu les hélicos faire demi tour. C'était le signal.
Je suis encore en vie. Ils se demandent par où je suis
passé. J'en sais rien, j'ai beaucoup marché, je me suis beaucoup
trompé. C'est tout voilà!
J 'ai rien découvert, j'ai pas fait le sommet; je suis juste rentré
par mes propres moyens alors qu'on m'avait abandonné là.
Quand je suis arrivé au camp coréen et que j'ai vu les mines réjouies de ces gens
d'habitude plutôt discret s et que j'ai compris qu'ils me parlaient de miracle de
l'Everest, alors j'ai pleuré comme un gosse qui se sortait d'une
grosse connerie.
A l'heure qu'il est je tente de conserver quelques orteils. Les
pronostics sont très réservés. Avec de la chance et beaucoup d'eau
chaude (toute la nuit) et de sel, j'en perdrai peut-être deux ou
trois, sur le pied droit.
Je suis brisé, comme rarement la vie peut vous blesser, je ne sens
plus mes orteils, mon estomac et tout mon être est déréglé, mais tout
tremblant que je suis et du bout de ce qui me reste comme doigts je
vous fais la primeur de ce témoignage.A tous prenez soin de vous et
encore une fois, cet Everest ne m'aura pas complètement. Regarde moi,
je vis encore.....

vivant, contre toute attente, je suis encore en vie. J'ai attaqué ma
descente ce matin vers le camp de base, à 5400m d'altitude. Depuis 4
jours j'ai mangé en tout et pour tout quelques stalactites de glace
qui pendaient quand j'avais faim.
Rien d'autre, j'ai été abandonné là, à + de 6000 m sans nourriture,
sans eau et, détail con, sans lunettes de soleil et sans lampe
frontale. Essayez de descendre un glacier à + de 6000m sans lunettes,
en plein jour, bon courage !
Donc voilà, j'avais vaguement aperçu un hélicoptère à ma recherche,
mais j'ai appris depuis qu'il y avait trop de vents. Pourquoi un
hélico ? Tous simplement parce qu'il n'y a plus de cascade de glace !
Plus de montagne, elle s'est évanouie avec l'avalanche, que dis-je le
mouvement qui a enseveli les tonnes de glace de la plus célèbre
cascade de glace de la planète. Je suis seul au monde. Personne ne
peut plus venir me libérer de ce linceul. Alors lorsque vers 11 heures je
pointe le bout de mon nez au bout d'une échelle, c'est fort surpris que le chef de l'expédition coréenne
s'arrête et, à la vue de mon écusson français, me dit interloqué " vous ne pouvez être
le french qui manque, vous êtes mort, il n'y a plus de passage, d'où
venez vous ?" "De l'enfer, lui dis-je, mais avant je boirais bien
quelque chose." De stupeur ou de respect, toute l'expé coréenne fait
demi-tour et devant mon état général décide d'un seul homme de m'aider
à redescendre l'Ice Fall. Sans broncher, tous ensemble se relaient
pour m'aider, me soutenir dans cette dernière aventure. Et j'en ai
besoin, mes jambes ne me portent plus, mon épaule est cassée et j’ai des douleurs dans les côtes.
Mon visage est en sang, mes mains sont ruinées et mes orteils gelés.
Mais tout le monde va me porter vers ce camp de base.
J'aperçois même les observateurs en bas qui cherchent qui ça peut
être. Un coup de radio et c'est la cohue, une file indienne monte à
notre rencontre.
Mon cuisinier, Hem qui n'y croyait plus m'apporte à boire et à manger,
un autre Coréen m'apporte des gâteaux. Pour tout le monde, j'étais
mort, ils avaient vu les hélicos faire demi tour. C'était le signal.
Je suis encore en vie. Ils se demandent par où je suis
passé. J'en sais rien, j'ai beaucoup marché, je me suis beaucoup
trompé. C'est tout voilà!
J 'ai rien découvert, j'ai pas fait le sommet; je suis juste rentré
par mes propres moyens alors qu'on m'avait abandonné là.
Quand je suis arrivé au camp coréen et que j'ai vu les mines réjouies de ces gens
d'habitude plutôt discret s et que j'ai compris qu'ils me parlaient de miracle de
l'Everest, alors j'ai pleuré comme un gosse qui se sortait d'une
grosse connerie.
A l'heure qu'il est je tente de conserver quelques orteils. Les
pronostics sont très réservés. Avec de la chance et beaucoup d'eau
chaude (toute la nuit) et de sel, j'en perdrai peut-être deux ou
trois, sur le pied droit.
Je suis brisé, comme rarement la vie peut vous blesser, je ne sens
plus mes orteils, mon estomac et tout mon être est déréglé, mais tout
tremblant que je suis et du bout de ce qui me reste comme doigts je
vous fais la primeur de ce témoignage.A tous prenez soin de vous et
encore une fois, cet Everest ne m'aura pas complètement. Regarde moi,
je vis encore.....

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