Il fait froid à Lobuché

Publié le par Antoine

Je suis maintenant à 4900m d’altitude (le Mont Blanc n’a qu’à bien se tenir), dans le village de
Lobuché. Et, à Lobuché, il fait froid, très froid. Nous sommes en automne et on ne peut pas dire que la météo soit favorable. En fait, on se pèle depuis trois jours. Et ce n’est que le début. Le camp de
base de l’Everest est posé sur la moraine, en d’autres termes sur la glace.
Sympa ! On doit y rester un mois minimum. Je pense que ma toilette attendra un peu. De toute façon on perd l’odorat et le goût. Et puis ce n’est pas mon
yak qui va se plaindre, ou alors on rêve.

Ca faisait un moment que je n’étais pas allé à l’église alors l’idée de rencontrer Lama Gueshi au monastère de Pengboche m’amusait un peu.
J’ai eu droit à ma « puja », sorte de cérémonie religieuse censée me protéger dans mon périple everestique. Durant une heure, Lama  Gueshi a dit
des incantations, m’a jeté du riz et a baptisé tous nos drapeaux à prières.
Il m’a remis également des mantras à réciter régulièrement. Comme je lis
couramment le tibétain…

(en photo le monastère de Pangboché)

Côté acclimatation, je n’ai pas d’autres choix que d’arriver vite au camp de base, ne serait-ce que pour enfiler des vêtements chauds et une vraie paire
de chaussures. En claquettes depuis le premier jour, je vous laisse imaginer l’état de mes pieds…
Nous nous amusons à comparer nos pieds avec les
porteurs. « Gobar » ça veut dire bouse de yak en népalais, no comment ! Donc pour l’acclimatation je frise les 90 % de saturation, ce n’est pas mal en si
peu de temps. Mon sherpa Tshiring en est à 82 %, moins bien mais il a une bonne excuse en forme de grosse brioche qui lui entoure le ventre.

N’étant pas très épais, je m’astreins à un nouveau  régime, le steak de Yak.
Bon, bien sûr, faut pas aller en cuisine. A partir de 4000m, ici, on ne peut
plus tuer d’animaux, c’est religieux mais pas très hygiénique. Donc le yak
que j’ai mangé ce soir a mis une semaine pour arriver dans mon assiette. Par
courtoisie évidente, ce sont les sherpas qui portent la viande, pas les yak,
s’ils savaient.

La boisson traditionnelle est, comme vous le savez, le thé au beurre de yak.
Maintenant, le lait en poudre a remplacé le beurre de yak. Si vous voulez
commander un thé au lait prononcez : « Malaï dudh thia Dinuus » («Pourrais-je boire un thé au lait»
Dudh pour le lait et Thia pour le thé). L’eau se dit « Panni » et l’eau chaude « Tato Panni ».
Pour ma part, j’ai opté pour le « Malaï tato dudh chocolate dinnus ». Je vous laisse traduire.

Si je survis à mon yak steak cette nuit, je pars demain pour le camp de
base, retrouver une expédition coréenne (on connaît leur humour), et une
autre italienne (on connaît leur modestie). La bonne nouvelle, c’est qu’ils
ont une jolie docteur italienne et comme je me sens faible…
J’ai fait sans grande conviction un passage à l’hôpital de Pheriche (4400m)
afin d’être testé par une doctoresse, mais pas italienne pour le coup, et si
je ne suis pas trop mal physiquement, atteindre le sommet de l’Everest sans
oxygène relève de la foi. Ils m’ont prédit un taux de saturation de 50 % au
sommet : en d’autres termes, essayez de marcher dans la neige profonde avec
juste de quoi alimenter votre cerveau et rien d’autres. Vaut mieux un petit
cerveau ! Quand vous demandez à un médecin népalais si c’est possible, il
vous répond invariablement : ça dépend du type. Me voilà bien avancé.
Une chose est sûre, je ne dois pas passer plus de six semaines au camp de
base sans quoi je n’aurai plus que la peau sur les os.

Sur ce, je vais tenter de dormir dans ma chambre où il règne un froid
glacial, 1°C. Mon yak est parti dormir ailleurs, il s’est trouvé un petit
coin près du poêle… de Yak….
(photo: un bébé yak)


Au fait, j’ai été rebaptisé Ramro chora ho: Antoine "Lakpa" Ramro chora ho

( Ce qui veut dire que je suis né un mercredi « Lakpa » et « Ramro chora ho» signifie « bon fils »)
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Publié dans Everest

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